Le retour de l'horloge de l'heure d'été qui tue 2 !
Avec JUST A CLOCK 2, un petit programme BASIC publié une première fois sur CNR change discrètement de statut. À l’origine, il s’appelait simplement Just A Clock ; c’est en l’annotant puis en l’enrichissant que Slype l’a peu à peu fait basculer vers une version nouvelle, au point de lui donner ce second nom. Menu de configuration, palettes sélectionnables, réglage intégré de l’heure et petite touche sonore en prime : l’évolution s’est construite pas à pas, sans trahir l’esprit du programme original de Markus Hohmann, mais avec ce plaisir très CPC qui consiste à améliorer en comprenant. Nous laissons d'ailleurs la parole à Slype pour la suite.
Quand un lecteur m’a invité à rouvrir le listing
Tout est parti d’un lecteur. Après la publication sur CNR du listing original de Just A Clock, une remarque est tombée sur les réseaux : le programme manquait de commentaires. La phrase était simple, presque anodine, mais elle visait juste. Car le code de Markus Hohmann allait droit au but, avec une efficacité très nette, sans vraiment prendre le temps d’accompagner celui qui voulait le lire autrement qu’en simple exécution. On pouvait le taper, le lancer, voir l’horloge apparaître, mais pas forcément entrer facilement dans sa mécanique.
Je précise d’ailleurs une chose : ce travail ne vise pas à apprendre le code aux programmeurs chevronnés. Les plus à l’aise avec le BASIC n’ont évidemment pas besoin de mes commentaires ; à vrai dire, c’est même plutôt moi qui attends les leurs. Mes compétences en programmation, en BASIC comme ailleurs, ont leurs limites, et je ne me présente pas comme codeur. Mon terrain, d’ordinaire, se situe davantage du côté de la mise en scène.
Et c’est bien ce qui s’est joué ici. Ce que j’ai vraiment eu envie de retravailler, ce n’est pas seulement le listing une fois imprimé ou parcouru à l’écran, mais la manière dont le programme se présente lorsqu’on le lance. Dans sa version d’origine, Just A Clock entre en scène de façon très directe : une question sur le format 12 ou 24 heures, une demande d’heure, puis l’horloge. C’est propre, net, efficace, mais très dépouillé. En y revenant pour l’annoter, j’ai aussi commencé à voir comment cette introduction pouvait gagner en présence, en confort et en caractère, sans trahir la simplicité du programme de Markus Hohmann.
Quant aux REM ajoutés, ils relèvent moins d’une formation que d’un balisage. Il ne s’agissait pas de transformer ce petit programme en cours de BASIC, mais de le découper plus clairement, de rendre ses sections plus lisibles, et d’aider la circulation dans le code. Le vrai déplacement s’est donc fait sur deux plans à la fois : un code plus respirable à relire, et un programme plus agréable à découvrir une fois exécuté. La V2 en porte déjà la trace, avec une structure nettement plus découpée et commentée que celle du listing publié au départ.
À partir de là, le simple travail d’annotation n’a plus tout à fait suffi. En revenant ligne après ligne sur le programme, je ne me contentais plus de poser des repères : je voyais aussi ce qui pouvait gagner en souplesse, en lisibilité ou en présence à l’écran. Une routine appelait une précision, puis une amélioration. Un affichage suggérait une variante plus confortable. Une logique déjà solide ouvrait, presque malgré elle, la possibilité d’un petit pas de plus.
La bascule s’est faite comme ça, sans grand plan préalable. Le commentaire a amené la compréhension, et la compréhension a amené les envies d’évolution. Très vite, je n’étais plus seulement en train d’annoter Just A Clock : j’étais en train de dialoguer avec lui, les mains dans son BASIC, en voyant surgir des idées au fur et à mesure de la lecture. Menu de configuration, choix des couleurs, réglage intégré, petite présence sonore : le programme n’avait pas été rouvert pour devenir Just A Clock 2, mais c’est bien ainsi qu’il a fini par prendre ce second nom.
Quand le programme a commencé à mieux entrer en scène
Le premier vrai basculement ne s’est pas joué dans un effet spectaculaire, mais dans l’entrée en matière. Dans sa version d’origine, Just A Clock est d’une franchise absolue : le programme demande le format horaire, demande l’heure, efface l’écran, trace son fond, pose ses séparateurs, puis se met au travail. C’est direct, fonctionnel, sans détour, et c’est d’ailleurs une partie de son charme. Mais cette efficacité a aussi son revers : on entre dans le programme sans véritable seuil, presque sans respiration.
C’est là que j’ai commencé à déplacer les choses. Pas pour alourdir inutilement l’ensemble, ni pour faire croire qu’on était face à une production hors normes, mais pour donner à cette petite horloge une arrivée plus construite. La V2 ouvre désormais sur un menu, avec un décor, une fenêtre centrale, des titres dessinés en pavés, des options regroupées au même endroit et un vrai moment d’accueil avant l’affichage de l’horloge proprement dite. Le programme ne se contente plus de poser deux questions avant de disparaître derrière son exécution ; il commence par se présenter.
Ce déplacement peut paraître mineur vu de loin, mais sur CPC il change beaucoup de choses. Il donne d’abord une présence plus nette au programme. Ensuite, il reprend ce que la version d’origine faisait de manière très directe — le choix du format horaire et la saisie de l’heure — pour les intégrer dans une entrée en matière plus construite. C’est aussi à partir de ce nouveau cadre que sont venues se greffer les autres idées : le choix de palette, puis l’activation du son. Les pavés ne servent plus seulement à afficher les chiffres ; ils deviennent aussi un vocabulaire graphique pour introduire le programme, lui donner une façade, presque une petite scène d’ouverture.
C’est probablement là que mon terrain habituel a le plus joué. Je ne me suis pas contenté de relire ce que faisait le BASIC ; j’ai commencé à regarder comment il se présentait au moment d’être lancé. L’horloge existait déjà. Ce que j’ai voulu enrichir, c’est la façon d’y entrer. Et à partir du moment où cette entrée a pris forme, le reste a suivi presque naturellement : si l’on dispose d’un menu, autant qu’il serve vraiment ; s’il sert vraiment, autant y intégrer les réglages ; et puisqu’il devient un lieu de passage, autant lui donner aussi un peu de caractère. C’est à cet endroit précis que Just A Clock a commencé à cesser d’être seulement un listing repris pour devenir un petit programme réinterprété.
Quand la palette a commencé à donner un ton au programme
Une fois l’entrée en scène retravaillée, la question des couleurs s’est imposée presque d’elle-même. Sur CPC, il aurait été absurde de chercher des effets compliqués ou des nuances qui n’appartiennent pas à la machine. Tout l’intérêt était justement ailleurs : rester dans les couleurs de base accessibles en BASIC, travailler avec ce que la machine offre franchement, et laisser parler ce langage-là. La V1 posait déjà un réglage simple et efficace, avec sa combinaison de couleurs fixe pour le fond, les chiffres et le clignotement. La V2, elle, pousse cette idée plus loin en transformant la couleur en paramètre vivant du programme.
Mon choix a été de limiter volontairement la palette proposée. En théorie, le CPC ouvre davantage de possibilités, mais dans les faits toutes ne produisent pas un résultat heureux pour une horloge de ce type. Entre les couleurs vives et leur pendant plus assourdi, la contrainte visuelle s’est imposée presque d’elle-même : il fallait des couples lisibles, francs, capables de faire exister les digits sans casser l’équilibre général. Ce n’est donc pas une surenchère chromatique qui a guidé la sélection, mais au contraire une forme de retenue. Quelques associations tenaient vraiment la route, et c’est autour d’elles que le programme a trouvé son caractère.
Il y avait pourtant une entorse que je voulais absolument assumer. Parmi toutes les combinaisons possibles, il en est une qui dépasse le simple choix décoratif : ce jaune sur fond bleu que tout utilisateur d’Amstrad CPC a forcément croisé un jour. Ce couple-là n’est pas seulement agréable, il touche à quelque chose de plus profond dans l’identité visuelle de la machine. C’était presque une évidence de lui faire une place à part, au point d’en faire un thème à part entière dans la V2. Là, on n’est plus seulement dans la variation de palette ; on touche à une petite mémoire commune, à une couleur-signature qui suffit à faire revenir tout un imaginaire BASIC en une fraction de seconde.
À partir de ce moment, la palette ne servait plus seulement à habiller l’horloge. Elle participait à sa personnalité, et même à son comportement à l’écran. Le choix actif ne restait pas figé dans le menu : une pression sur la flèche gauche ou droite, et l’horloge changeait aussitôt de couleur pendant son exécution. C’est aussi là qu’on retrouve une petite magie très CPC. Avec INK, il n’est pas nécessaire de tout redessiner pour transformer l’allure du programme ; il suffit de redéfinir les encres qu’il utilise déjà. Le même affichage prend alors une autre humeur, presque une autre identité, sans perdre sa structure. Et comme cette sélection reste ancrée dans les couleurs natives du BASIC, sans effet ajouté ni artifice extérieur, elle prolonge exactement ce que je cherchais depuis le début : enrichir Just A Clock sans le déraciner. Le thème CPC bleu et jaune, lui, venait refermer la boucle comme une évidence.
Quand l’entrée de l’heure a cessé d’être floue
Il restait un point très simple à améliorer, mais très visible à l’usage : la saisie de l’heure. Dans la version d’origine, le programme demandait d’abord le format 12 ou 24 heures, puis affichait Time: (hr,min). Pour qui pratique le BASIC, la logique est limpide : il faut entrer deux valeurs, donc quelque chose comme 12,15. Pour les autres, c’est déjà moins évident. L’écran parle d’heure, sans vraiment expliquer la forme attendue, et l’on peut très bien hésiter entre 1215, 12:15 ou 12,15. En cas d’erreur, le programme renvoyait alors un « Redo from start » qui plombe de suite l’ambiance.
Dans la V2, j’ai voulu rendre ce moment plus clair sans compliquer l’ensemble. On appuie sur 3, la demande apparaît dans le menu, à sa place, et la saisie se fait directement dans ce même cadre. Le réglage 12H/24H reste lui aussi sous la main, sans rupture de présentation. L’idée n’était pas de sophistiquer le programme, mais d’éviter cette hésitation de départ, celle qui n’apporte rien et qui brouille inutilement le dialogue avec l’utilisateur. L’entrée de l’heure ne devient pas spectaculaire ; elle devient simplement plus naturelle.
Le reste, c’est le temps qui passe. Sur un CTM, c’est juste plus beau.
Au fond, il n’y a rien à conclure ici. Un lecteur a soulevé un manque, j’ai rouvert le listing, et ce qui devait n’être qu’une couche de REM a fini par déplacer l’accueil du programme, sa palette, sa saisie de l’heure et même son petit tic-tac. L’original de Markus Hohmann est toujours là, reconnaissable, simplement prolongé. Just A Clock 2 n’a pas vocation à faire oublier Just A Clock ; il montre seulement ce qui peut arriver quand on prend le temps d’habiter un petit programme CPC au lieu de le laisser figé. Le reste appartient à l’écran : quelques pavés, deux flèches, un fond bleu et du jaune si l’envie prend, puis une horloge qui tourne.
Repères dans le listing de JUST A CLOCK 2
Lignes 5 à 20 : le programme annonce d’emblée sa filiation. Markus Hohmann reste au point de départ, SLYPE signe l’adaptation, puis l’initialisation vidéo pose le cadre général. Lignes 100 à 294 : on entre dans les fondations. Ce bloc charge la matrice des chiffres 3x5, les positions des digits dans l’écran, puis les lettres qui serviront à composer JUST et A CLOCK. C’est ici que se fabrique le vocabulaire graphique de toute la V2. Lignes 300 à 398 : la palette prend forme. Les couples fond/couleur vive sont définis, nommés, puis rejoints par l’entrée “CPC”, ce bleu et jaune que tout Amstradiste reconnaît au premier regard. Lignes 410 à 430 : quelques variables suffisent ensuite à fixer l’état de départ, avant l’appel du menu. C’est un petit passage, mais il marque déjà le glissement entre simple horloge et programme mis en scène. Lignes 610 à 710 : voilà le cœur vivant de l’ensemble. La boucle principale surveille les flèches gauche et droite pour faire varier la palette à la volée, puis ne redessine que les chiffres réellement modifiés. Lignes 800 à 860 : ce court bloc montre l’élégance de la commande INK. Ici, pas besoin de tout reconstruire : l’horloge change d’allure simplement en redéfinissant les encres déjà en place. Lignes 900 à 990 : c’est la routine du temps. Heures, minutes, secondes, gestion du 12/24 heures et petite trotteuse sonore s’y croisent dans un morceau de code compact, mais essentiel. Lignes 1300 à 1395 : le menu devient un véritable poste de commande. Lancement, format horaire, réglage de l’heure, activation du son et sortie : tout passe désormais par cette boucle centrale. Lignes 1500 à 1796 : on découvre ensuite la façade visible du programme. Affichage du menu, mise à jour des valeurs, puis saisie de l’heure directement dans ce cadre : c’est là que la V2 gagne en confort et en lisibilité. Lignes 1800 à 2090 : le décor et le titre referment la démonstration. Mur de pavés, routine de dessin des lettres et longues rangées de DATA rappellent que tout, ici, reste fabriqué à la main, avec cette économie de moyens très CPC qui fait aussi une partie du charme.
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